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EXCLUSIF -Contre Bruxelles, l'Italie espère faire du zèle sur le déficit
information fournie par Reuters 07/06/2019 à 17:30

    par Gavin Jones, Giuseppe Fonte et Angelo Amante
    ROME, 7 juin (Reuters) - Des responsables politiques
italiens assurent que les finances publiques de la péninsule
réservent de bonnes surprises pour cette année, ce qui renforce
Rome dans sa tentative d'échapper à la menace de procédure
disciplinaire brandie par la Commission européenne.    
    Des indicateurs récents suggèrent que le déficit italien
pourrait être cette année non seulement inférieur à la prévision
de 2,5% du produit intérieur brut (PIB) de la Commission mais
aussi au chiffre de 2,04% conclu entre Bruxelles et Rome en
décembre dernier, a-t-on appris de deux sources au sein de la
coalition gouvernementale.
    Le gouvernement n'a cependant pas encore décidé dans quelle
mesure il réduira sa prévision officielle de déficit, fixée pour
l'instant à 2,4%, car le Mouvement 5 Etoiles (M5S), l'un des
deux partis au pouvoir, veut consacrer les économies en vue à de
nouvelles mesures de relance. L'autre parti de la coalition, la
Ligue, prône de son côté de nouveaux allégements fiscaux mais
seulement à partir de 2020.
    Il n'est en outre pas certain que la limitation du déficit
2019 suffirait à convaincre Bruxelles que les finances publiques
de l'Italie sont engagées pour de bon vers une amélioration. 
    La Commission a ouvert la voie mercredi à l'ouverture d'une
procédure de déficit excessif (DPE) en reprochant à Rome d'avoir
creusé sa dette publique en 2018 au lieu de la réduire, de
n'avoir pas tenu sa promesse de contenir son déficit budgétaire
l'an dernier et de se diriger vers des déficits supérieurs aux
limites autorisées en 2019 puis en 2020. 
    
    LE DÉFICIT PEUT ÊTRE LIMITÉ À 1,8%, DIT-ON À LA LIGUE
    Une DPE, susceptible en théorie d'aboutir à des sanctions
financières, avait été évitée de justesse en décembre, le
gouvernement ayant ramené sa prévision de déficit de 2,4% à
2,04% avec l'aval de Bruxelles.
    Mais l'Italie est revenue sur son engagement en avril,
remontant sa prévision à 2,4% en raison du ralentissement de la
croissance; de son côté, la Commission a porté sa propre
prévision du déficit 2019 à 2,5%. 
    Mercredi, toutefois, le président du Conseil, Giuseppe
Conte, a surpris en déclarant, dans une réponse à la Commission,
qu'il était possible de contenir le déficit à 2,1% cette année.
    Et de hauts responsables de la coalition assurent que le
chiffre définitif pourrait être plus faible encore. Claudio
Borghi, responsable des dossiers économiques à la Ligue, a ainsi
déclaré à Reuters que limiter le déficit à 1,8% était possible à
condition que les tendances actuelles se maintiennent.
    Cet optimisme trouve son origine principalement dans le fait
que deux mesures mises en oeuvre par le gouvernement, la
possibilité d'un départ anticipé à la retraite et le revenu de
citoyenneté sous conditions de ressources, sont moins populaires
que prévu donc moins onéreuses pour l'Etat.
    Au total, le coût de ces deux dispositifs en 2019 pourrait
être inférieur de quatre milliards d'euros aux crédits inscrits
au budget. Cette estimation a été confirmée par un membre du
gouvernement étroitement associé à la conduite de la politique
économique qui a requis l'anonymat.
    
    LES RECETTES FISCALES MEILLEURES QU'ATTENDU
    Claudio Borghi explique aussi que l'amnistie fiscale qui
permet à un contribuable de solder ses différends avec le fisc
en s'acquittant d'une somme forfaitaire a eu un rendement
supérieur aux attentes, tout comme les mesures prises contre
l'évasion fiscale.
    Autre bonne surprise, les accords amiables conclus entre le
fisc et plusieurs multinationales accusées d'évasion fiscale,
parmi lesquelles Gucci, filiale italienne du géant français du
luxe Kering  PRTP.PA , qui a accepté de signer un chèque de 1,3
milliard d'euros.
    Un responsable du Trésor s'est refusé à confirmer le chiffre
de 1,8% de déficit en 2019 évoqué par Claudio Borghi mais a jugé
"possible" de limiter le déficit à 2% du PIB ou moins. 
    Sur les quatre premiers mois de l'année, le déficit de
l'Etat italien n'a été supérieur que de 1,5 milliard d'euros à
celui de la période équivalente de 2018 alors que le Programme
de stabilité adressé par Rome à Bruxelles prévoyait une
augmentation de 16 milliards pour l'ensemble de 2019.
    Les recettes fiscales sont en hausse de 1,0% sur un an en
dépit de la stagnation de l'économie, alors que le gouvernement
ne tablait que sur une hausse de 0,6% sur l'année. 
    Les dividendes versés à l'Etat par la Banque d'Italie et par
les entreprises publiques devraient eux aussi dépasser les
estimations, de plus de 0,1% du PIB selon des informations
communiquées à Bruxelles par le Trésor ce mois-ci.

 (Marc Angrand pour le service français)
 

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